La musique sacrée
Parfois méditative, parfois exaltée, la musique sacrée est le reflet de l’âme humaine et de ses élans. La représentation musicale de la Foi a autant de visages qu’il y a d’époques historiques, de religions, de régions géographiques et de compositeurs. En effet, les grandes époques musicales ont vu naître diverses formes de musiques qui se sont transformées et ont évolué en se laissant imprégner des nouveautés, des modes et des influences des diverses époques. L’héritage mondial de la musique sacrée est riche des messes chrétiennes, des chorals et cantates luthériens, du gospel afro-américain, du Soufi de certains islamistes, des chants Shômoyô des bouddhistes et bien d’autres. Malgré toute cette diversité, une constante semble se dégager de la culture musicale sacrée mondiale. En effet, une place prépondérante est octroyée au chant.
Afin de nous donner une idée plus précise d’une partie de l’histoire de la musique sacrée, observons quelques faits saillants de l’évolution de la musique sacrée européenne.
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Les faits saillants de
la musique sacrée
en Europe Occidentale
Débutons notre périple au IX e siècle alors que les premiers véritables recueils de musique sacrée font leur apparition. À cette époque du Moyen Âge, la musique est monodique, c’est-à-dire qu’il n’y a qu’une seule ligne musicale chantée, fort probablement sans accompagnement. Une partie de cette musique monodique est d’ailleurs connue sous le nom de « chant grégorien », d’après le pape Grégoire II (715-731). Peu à peu, la musique se complexifie. Léonin (c.1135-1201) et Pérotin (à Paris 1180-c.1208), deux compositeurs de renom évoluant à Notre-Dame de Paris, ont superposé des lignes musicales de différentes façons créant ainsi la polyphonie. Cette technique d’écriture musicale sera perfectionnée à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance.
Alors que la communauté musicale en est encore à découvrir toutes les nouvelles possibilités qu’offre la polyphonie, la société du temps est frappée par de grands bouleversements. Le Grand Schisme (1378-1418), la Réforme (Luther dès 1517) et la Contre-Réforme (Concile de Trente – 1545-1564) vont tour à tour modifier le paysage culturel et musical du temps, notamment en les diversifiant. D’abord, au XV e siècle, la composition de messes atteint son apogée. En effet, un compositeur de l’époque qui se respecte se doit d’écrire tous les mouvements d’une messe qui sera présentée comme un tout unifié. Des compositeurs comme Guillaume Dufay (c.1400-1474) et Josquin DesPrez (c.1440-1521) ont jalonné cette période riche. La Réforme permet toutefois de voir apparaître un nouveau courant musical. La religion luthérienne est créée et avec elle, un nouvel élan pour la simplicité et la participation de la congrégation laïque est lancé en même temps que les premiers chorals sont composés. À la fin de la Renaissance, le Concile de Trente tente de réduire le faste, voire même la grandiloquence, de la musique sacrée chrétienne. Giovanni Palestrina (c.1525-1594) est reconnu pour avoir su saisir toute la sobriété et la contemplation musicale que la Contre-Réforme recherchait à atteindre.
La musique du début de l’époque Baroque est marquée par la création des premiers opéras. Les italiens avec Claudio Monteverdi (1567-1643) et les français avec Jean-Baptiste Lully (1632-1687) en sont particulièrement friands. La musique sacrée continue toutefois à occuper une place de choix dans le cœur des musiciens. Les compositeurs de musique chrétienne s’amusent à composer pour des effectifs qui sont parfois complètement disproportionnés. La musique sacrée luthérienne de la fin de l’époque Baroque est, quant à elle, marquée par l’écriture prolifique et inspirée de Jean Sébastien Bach (1685-1750). Ses cantates et ses chorals sont connus et, bien que Bach les ait composés pour la religion luthérienne, nous retrouvons encore aujourd’hui des emprunts de ses pièces dans la religion catholique.
Puis, avec l’avènement du classicisme, de nouveaux genres musicaux font leur apparition comme la symphonie « moderne ». L’opéra connaît également son âge d’or avec Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui pousse les effets dramatiques et musicaux à des points inégalés. Ces genres musicaux plus flamboyants et plus théâtraux influenceront la musique sacrée. De fait, les accompagnements pour grand orchestre deviennent monnaie courante à cette époque. L’alternance entre des parties chorales et des parties solistes, comme celles retrouvées dans les opéras, est également exploitée à profusion. Le Requiem de Mozart qui a fait couler tant d’encre, est un exemple de la musique sacrée classique.
Au tournant du XIX e siècle, un courant idéologique double vient perturber le monde artistique. Les esprits créateurs sont balayés par une vague humaniste et une soif renouvelée de s’abreuver aux grands courants artistiques du passé. La musique n’est pas épargnée par ce vent de romantisme qui souffle. La musique sacrée demeure dans la mire de plusieurs compositeurs puisqu’elle est une grande tradition d’écriture musicale à laquelle nombre de compositeurs pieux (Mendelssohn (1809-1847) et Liszt (1811-1886)) et moins pieux (Saint-Saëns (1835-1921)), souhaiteront contribuer.
Toutefois, la musique sacrée est bien différente de ce qu’elle a déjà été. Certes, les messes, oratorios, cantates et chorals demeurent, mais les textes ne sont plus nécessairement sacrés. Les compositeurs prennent davantage de libertés quant aux choix des textes et évoquent des raisons personnelles variées pour le faire. Cette différenciation est notable en musique puisque celle-ci laisse de plus en plus transparaître la personnalité de chaque compositeur. Cette diversification des textes littéraires et musicaux prendra tout son sens à l’époque contemporaine.
Enfin, au XXe siècle, la musique éclate. Les styles d’écriture sont nombreux et les nouveaux courants musicaux défilent au rythme des décennies qui passent. La liturgie musicale est, elle aussi, totalement transformée. Dès lors, les termes « spiritualité musicale » ou « musique religieuse » illustrent mieux la réalité de nombreuses compositions qui n’ont plus de lien avec les textes ou les cérémonies sacrés. En effet, les compositeurs n’ont à peu près plus à composer de la musique pour les célébrations religieuses puisque nombre de pièces à essence spirituelle sont destinées aux salles de concerts. Néanmoins, plusieurs compositeurs qui optent pour la composition de musique religieuse le font par conviction ou par recherche personnelle. Olivier Messiaen (1908-1992) et Arnold Schoenberg (1874-1951) ne sont que deux exemples de compositeurs pour qui les recherches spirituelles et les croyances mystiques se sont traduites en musique religieuse.
Marie-Maude Goulet
Recherche et rédaction |